Salut L'athlète, le coach, le passionné de performance,
Quand tu lis ça, je suis à Lausanne.
Et dans un coin de ma tête, une question que je ponce depuis des années.
Ce week-end, je donne le séminaire du premier niveau de LabO RNP, la formation que j'ai cofondée avec Sébastien et Adrien. Deux jours de pratique en salle avec les élèves.
La question, c'est comment on apprend un geste. D'ailleurs, on vient de sortir une formation de deux heures sur le sujet, avec un chapitre entier sur pourquoi ta séance ne mesure pas ce que tu as appris. Pour l'instant, elle est offerte à ceux qui s'inscrivent.
Si tu ne vois pas du tout de quoi il retourne avec le LabO, on l'avait présenté tous les trois chez Secrets d'Entraîneurs. L'émission t'attend en bas de ce carnet.
Ce sujet, je le ponce depuis des années sur le terrain. Et encore plus depuis quatre ans, parce que je donne un cours complet dessus au deuxième niveau de LabO RNP. Une quinzaine d'heures, qui portent sur les basiques de l'écologie de l'apprentissage.
C'est même par l'apprentissage moteur, face aux problèmes du terrain, qu'on est arrivés tous les trois aux neurosciences.
Le mot fait peur, l'idée est simple. Un geste se construit entre ton corps, la tâche que tu fais et l'endroit où tu la fais. Change l'un des trois, et le geste bouge avec.
Dans l'émission, je prenais un exemple de foot. Jouer à 13 h en plein soleil, s'entraîner à 20 h sous les projecteurs, jouer devant cent personnes ou devant trente mille un soir de derby : pour tes sens, ce sont quatre situations différentes. Et la question que je posais aux coachs, c'était de savoir s'ils en tenaient compte, et s'ils le travaillaient à l'entraînement.
Ta façon de percevoir bouge aussi avec l'heure, le stress, et même la digestion. L'échauffement sert entre autres à la régler pour le geste qui suit.
D'où le chapitre de la formation dont je te parlais : ce que tu vois en séance ne mesure pas ce qui a été appris. Un geste propre le mardi peut avoir disparu le samedi. Et une séance brouillonne peut installer quelque chose qui se verra plus tard.
Et quand rien ne bouge d'une séance à l'autre, je le dis dans l'émission : c'est correct de se tromper. Tu revois le contenu, la récupération, le choix de la séance.
Cette semaine, j'ai rouvert le livre de Fergus Connolly dont je te parle depuis quelques dimanches. La leçon 39 raconte Ashley Jones, le préparateur physique des All Blacks, une équipe déjà au sommet de son sport à l'époque.
Jones faisait jouer ses joueurs en petits matchs avec des ballons de football australien et de football gaélique, que Connolly avait apportés. Parfois, il autorisait les passes en avant, interdites au rugby, pour qu'ils s'habituent à recevoir le ballon sous d'autres angles.
Il les faisait aussi jouer au foot, et à un jeu d'enfants où l'on court d'un cercle à l'autre pour y déposer des ballons.
Connolly avoue qu'il n'a pas compris tout de suite. Des joueurs qui affûtaient leurs gestes depuis des années, lâchés dans des jeux contraires aux règles de leur sport ? Il craignait que les passes en avant, les ballons ronds et les rebonds bizarres abîment tout ça. Ça allait contre tout ce qu'il avait lu sur l'apprentissage des gestes.
Puis il a compris. Jones leur apprenait à s'adapter et à décider sous pression, en les sortant de leur zone de confort. Ces jeux travaillaient au passage leur vision périphérique. Et Jones dosait tout ça, dans le contexte, sans jamais en faire trop.
Connolly cite aussi Vitor Frade, le père de la périodisation tactique au football. Pour lui, il faut donner aux joueurs des situations d'apprentissage où ils résolvent des problèmes. Et pour qu'ils continuent de progresser toute leur carrière, les exposer sans cesse à de nouvelles occasions d'apprendre.
Ça rejoint ce que je disais dans l'émission, avec une frappe au foot. Le geste de compétition, on n'y touche pas : c'est le chemin central. Autour, à l'entraînement, on ouvre : on varie la course d'élan, on change la jambe d'appui, on coache une jambe fléchie plutôt qu'un modèle à copier.
Et cette variation vise ce qui coince chez cet athlète-là. Jamais le hasard pour le hasard.
Juste après, Connolly décrit le paradoxe Oméga. C'est Henk Kraaijenhof qui le lui a présenté, et il dit l'avoir vu se vérifier de plus en plus au fil des années.
Tu avances en ligne droite un moment. Puis tu pars en demi-cercle apprendre autre chose, la biomécanique ou une autre discipline. Et tu reprends une ligne droite, tout près de la première, avec les mêmes gestes de coach et un tout autre regard.
Mes quatre ans de cours ressemblent à ce retour sur la ligne droite. Les mêmes basiques chaque année, avec un peu plus de recul chaque fois.
Et depuis le début, ces basiques, je les mets sous forme de livre. Aujourd'hui, c'est un pavé énorme que j'appelle simplement « mon livre ». Il se pourrait bien qu'une version grand public apparaisse très bientôt. Qui sait ?
Je ne sais pas encore jusqu'où elle va.
Tu connais ça. Le geste parfait à l'entraînement, qui disparaît le jour de la compétition. Ou ce partenaire qui domine toutes les séances, meilleur au squat, meilleur sur les sprints, et à qui il n'arrive rien en compétition.
Dans l'émission, je l'appelle le champion d'entraînement. Faire passer son squat de deux cents à deux cent cinquante kilos ne lui fera pas gagner deux mètres au lancer de poids. Son problème est souvent ailleurs, dans la technique, ou dans ce qu'il perçoit au moment d'agir.
Alors, quand tu dis qu'un geste est acquis, qu'est-ce que tu as regardé pour le dire ?
Ce que j'en retiens, après quatre ans sur ce cours : un apprentissage se juge le jour où le contexte change, et où le geste tient quand même.
Ta séance montre ce que tu fais. Le jour de la compétition dit ce que tu as appris.
Cette semaine, forcément, l'émission de Secrets d'Entraîneurs avec Sébastien, Adrien et moi. Une heure vingt, en français, tournée pendant un séminaire LabO RNP. Je t'en ai cité plusieurs passages plus haut, en voici trois autres.
Vers 21 minutes 30, Adrien raconte un test fait autrefois avec une quinzaine de coachs : environ neuf progressent, un ou deux régressent. D'où la règle : on teste, parce que tout ne marche pas sur tout le monde. Vers 30 minutes 40, Sébastien explique pourquoi un avant-après spectaculaire, après une seule stimulation, ne suffit pas.
Et vers une heure dix, je dis que le meilleur livre sur l'entraînement, c'est le carnet de l'athlète. L'animateur y annonce aussi une cohorte « début mai » : elle est passée, ne la cherche pas. L'émission est ici, calée sur le test d'Adrien.
Romain
P.S. La formation offerte est écrite pour ceux qui accompagnent : coachs, formateurs, thérapeutes. Si tu cherches des exercices tout prêts pour lundi, tu seras déçu : elle te donne une grille pour lire un geste. Si tu veux comprendre pourquoi ta séance te ment parfois, les huit chapitres sont là, sans carte bancaire.