Salut L'athlète, le coach, le passionné de performance,
Je lis en ce moment 59 Lessons, de Fergus Connolly, un préparateur irlandais qui a traversé la Premier League, le football gaélique, la NFL et les forces spéciales. Les trente premières pages parlent des habitudes de ceux qui gagnent plusieurs fois, avant le moindre mot sur l'entraînement, et mon surligneur n'a pas tenu la semaine. Le lien est affilié, ça ne change rien au prix pour toi, et le livre est en anglais.
Trois habitudes, donc. Elles valent pour le sportif, et je crois qu'elles valent encore plus pour ceux qui l'accompagnent.
Le premier réflexe que le livre m'a renvoyé, c'est celui dont je t'ai parlé après les championnats d'Europe, « ne jamais casser la série », plutôt que courir après le meilleur jour. Lui le formule autrement. Planifie plusieurs titres, jamais un seul. Tout ce qui dure s'est construit sur une suite de saisons.
Il raconte un entraîneur qui, trois jours après avoir remporté le titre national, s'assied dans un coin d'hôtel avec son préparateur pour écrire la saison d'après, avant même d'avoir fini de fêter celle-là. Chez nous, ça donne ceci : le lendemain du dernier concours de la saison, le plan de l'hiver existait déjà depuis des mois, avec sa date de reprise. La saison qui vient de finir est un maillon.
Un manager de Premier League, à qui on demandait la chose la plus importante pour un jeune entraîneur, a répondu : survivre. Si tu ne gagnes rien à court terme, tu n'atteins jamais le long terme. C'est ce qui empêche le principe d'en haut de devenir une jolie phrase de bureau. Donc tu gagnes la bataille du jour, mais chaque décision du jour passe un filtre : est-ce qu'elle abîme ce que je construis pour dans deux ans. Si oui, tu la changes. Tu connais déjà ma version : le bon volume, c'est celui que tu peux refaire demain.
Ce qui laisse une question que le livre pose sans y répondre, et que je te laisse aussi : vers quoi tu cours, que tu ne pourrais pas tenir deux saisons de suite ?
La deuxième habitude tient dans une phrase qu'un commandant des forces spéciales a lâchée à ce préparateur. Le préparateur lui expliquait les différences entre ses joueurs et des opérateurs : nous, on connaît la date du match, et si quelqu'un se rate, on refait la séance lundi. Le commandant a écouté, puis il a ajouté qu'il y avait une autre différence. Chez eux, on ne joue qu'à l'extérieur.
Je n'ai pas réussi à me sortir cette phrase de la tête. Ce qui tue les équipes qui gagnent, c'est le moment où elles se croient arrivées. Le relâchement s'installe par petites portes : une préparation bâclée parce que l'adversaire est faible, un détail qu'on ne vérifie plus, un compliment qu'on se met à croire.
Le livre donne un exemple qui m'a marqué. Dans une unité d'élite, sur deux cent sept candidats une année, sept ont été retenus. L'année d'avant, quinze sur deux cent quarante. Le chef de l'unité a demandé au responsable de la sélection de s'expliquer. Lui savait très bien qu'un effectif réduit fragilise l'unité, et il a répondu que les candidats n'avaient pas atteint le niveau requis. On l'a remercié de ne pas avoir baissé la barre. Ça, c'est une culture. Je ne sais pas ce que ça donne quand l'unité, c'est un groupe de quinze gamins de dix-sept ans. Je sais qu'on baisse la barre bien plus souvent qu'on ne le dit.
Et il y a cette formule, que je trouve juste parce qu'elle refuse la peur : dis-toi que tu es le meilleur du monde en te couchant, et lève-toi le matin pour travailler comme le second.
Le relâchement adore les circonstances : un déplacement, une semaine sans salle, un club fermé. C'est pour ça que Retrouve tes cannes ne demande pas un gramme de matériel, et que je le garde pour les périodes où tout le reste sert d'excuse. Le sportif qui ne joue qu'à l'extérieur a un plan qui tient dans un parc.
La troisième habitude est celle qui me sert le plus, et c'est celle qu'on apprend le plus tard. Un entraîneur de rugby lui a appris à ne jamais juger une action en noir et blanc. Deux plaquages. Le premier est parfait sur la forme, le manuel en personne, et l'adversaire marque derrière. Le second est laid, et il fait récupérer le ballon. Lequel est réussi ? Si ta grille dit le premier, elle note la forme, et le match s'est joué ailleurs.
On appelle ça entraîner dans le gris : des principes et de grandes lignes, et une attention aux détails du moment. Une répétition ne se juge pas seule, elle se juge dans son contexte, la fatigue du jour, l'échéance, ce que le sportif construit à cet instant.
Et le livre pointe l'erreur qui rend tout ça impossible, celle que je vois chez beaucoup de gens sérieux. Empiler des données avant d'avoir un modèle. Il a une image pour ça : tirer au canon depuis un canoë. Le canon fonctionne, la mesure est précise, et le tir part n'importe où parce que la base bouge. Un capteur de vitesse sur la barre ne vaut rien si tu ne sais pas ce que tu regardes. Même chose pour une moyenne de saison : tant que tu ne sais pas pourquoi tu suis la moyenne plutôt que le record, elle ne t'apprend rien.
Il compare ça au trajet du soir. Sur la route que tu fais tous les soirs, tu ne regardes ni le GPS ni le compteur, tu conduis dans le gris, à l'instinct. Sur une route nouvelle, tu vérifies tout. Le bon entraîneur fait les deux, et il sait à chaque instant sur quelle route il est. Deux pages plus loin, il cite Lendl : le cerveau est un muscle, il se travaille comme les autres.
Je termine par ce que je me suis dit en refermant le chapitre, et ça s'adresse aux coachs, aux kinés, aux préparateurs qui lisent ce carnet. Ces trois habitudes sont une culture, bien avant d'être une méthode. Et une culture, ça se nourrit exactement comme un muscle : par ce que tu lui donnes chaque semaine.
Cette semaine, ce que j'ai donné à la mienne vient de Connolly et de ses cinquante-neuf leçons, et d'un chiropracteur qui fait faire des cercles de hanche à des lanceurs. Aucun de ces gens ne fait mon métier. Tous me le font mieux faire. Tu as sûrement déjà ce livre à toi, celui qui vient d'un autre rayon et qui a changé une séance. Si tu veux, envoie-moi son titre, je lis ce que vous m'envoyez. Ce qui fait gagner plusieurs fois se trouve rarement dans le rayon où on a appris le métier.
Un titre se fête trois jours. Ce qui fait gagner le suivant s'écrit le quatrième.
Cette semaine, un épisode du podcast Just Fly Performance avec Tommy John, chiropracteur et préparateur, et Alex Lee. Ils l'ont enregistré juste après avoir joué au basket et glissé sur les toboggans d'une aire de jeux, et ça donne le ton.
Deux moments valent l'épisode entier. Celui sur la posture du coach, résumé en quelques mots : parler moins, et voir la puissance de l'athlète. Beaucoup de sportifs ont bien moins besoin d'être coachés qu'on ne le croit, et c'est un professionnel du coaching qui le dit. Et celui, vers la fin, sur l'industrie du sport chez les jeunes, qui vend la spécialisation précoce aux parents, et sur ce qu'elle coûte en fondations.
L'épisode est en anglais, YouTube propose les sous-titres traduits. L'épisode avec Tommy John et Alex Lee est là.
Romain
P.S. Si tu es en pleine saison avec une salle sous la main, Retrouve tes cannes n'est pas ton chantier du moment, garde-le pour ta prochaine coupure. Si tu reprends ou si tu bouges beaucoup ces semaines-ci, le bloc de quatre à six semaines sans matériel est là.