
L'essentiel. En français, la forme recommandée est « pliométrie » : l'Office québécois de la langue française la retient et déconseille « plyométrie », une graphie calquée sur l'anglais. Les deux mots désignent le même entraînement, celui du cycle étirement-raccourcissement. Le terme anglais « plyometrics » a été popularisé dans les années 1970 par l'entraîneur américain Fred Wilt, pour nommer un travail de sauts que les Soviétiques pratiquaient déjà et que Iouri Verkhoshansky appelait la méthode de choc. Son étymologie grecque reste discutée, et le découpage « plio, iso, myo » qui circule ne tient pas.
Ouvre la fiche « pliométrie » du Grand dictionnaire terminologique, la base de l'Office québécois de la langue française. Le terme privilégié s'écrit avec un I. Juste en dessous, rangée parmi les termes déconseillés, il y a la graphie que j'emploie depuis des années, plyométrie, avec un Y. La note de la fiche est nette : la forme en Y viendrait de l'influence de l'anglais, et le français ne connaît pas de racine « plyo- ».
Sur la langue, l'Office a plutôt raison, et je vais te montrer pourquoi avant de t'expliquer pourquoi je garde le Y. Entre les deux, il y a une histoire plus intéressante qu'une querelle d'orthographe : un coureur américain qui baptise une méthode soviétique, une étymologie que son propre auteur jugeait bancale, et un découpage du mot qui circule sans tenir.
Si c'est la méthode elle-même que tu cherches, avec la réception, le temps de contact et le choix des exercices, tout est rassemblé dans le guide complet de la plyométrie. Cette page s'occupe du mot.
Les deux orthographes désignent le même travail, aucune ne trahit le sens. La question porte sur la norme, et la norme française penche pour le I. La fiche de l'OQLF, mise à jour en 2009, retient « pliométrie » et déconseille « plyométrie ». Le Wiktionnaire, plus descriptif, donne « plyométrie » comme une simple variante.
L'argument de l'Office tient debout. Quand le français emprunte au grec pleion, « plus », il écrit plio : les géologues parlent du Pliocène depuis 1834, un mot bâti sur pleion et kainos, « plus récent », et personne n'a jamais écrit Plyocène.
L'anglais, lui, a fixé « plyometrics », et c'est la forme de la recherche internationale : sur PubMed, les essais et les revues parlent de « plyometric training ». Le Y suit ce choix anglais. Selon l'étymologie qu'on retient, il se justifie ou pas, et on va voir que l'inventeur du mot n'avait pas la même que tout le monde.
En pratique, pour un mémoire, un concours ou une publication en français, « pliométrie » est la forme sûre. Pour chercher des études, tape « plyometric » : c'est sous ce mot que la recherche est rangée. Reste à savoir d'où sort ce mot anglais, que son auteur lui-même trouvait imparfait.
Fred Wilt était un coureur de fond américain, sélectionné aux Jeux olympiques de 1948 et de 1952, devenu entraîneur et éditeur de la revue Track Technique. On lui attribue le mot « plyometrics », qu'il a fait connaître aux États-Unis dans les années 1970 pour nommer le travail de sauts des entraîneurs du bloc de l'Est. Le récit le plus répandu veut qu'il ait eu l'idée en voyant des athlètes soviétiques sauter à l'échauffement pendant que les Américains s'étiraient ; c'est une histoire souvent reprise, pas un fait que j'ai pu vérifier à la source.
Les dates varient selon les auteurs, 1975 pour certains, la fin des années 1970 pour d'autres. Le texte le plus cité reste son article de 1978 dans Modern Athlete and Coach, « Plyometrics, what it is and how it works ». D'après ceux qui citent ce texte, Wilt y écrit que le mot dériverait « apparemment » du grec plethyein, augmenter, associé à « isométrique ». Il définit la plyométrie comme des exercices qui produisent « an overload of isometric-type muscle action which invokes the stretch reflex in muscle », soit une surcharge de type isométrique qui déclenche le réflexe d'étirement. Et il précise qu'il n'est pas particulièrement satisfait de cette interprétation.
L'autre version, pleion, « plus », et metron, « mesure », est celle que reprend l'encyclopédie Wikipédia en anglais. Elle est plus propre, mais elle appelle un I. Celle de Wilt passe par un verbe qui contient un upsilon, la lettre grecque qu'on transcrit par Y. Aucune des deux ne renvoie au verbe plier, alors que le Wiktionnaire rattache la forme française « pliométrie » à plier, une lecture qui ne doit rien au grec.
Le mot a donc été fabriqué par un entraîneur, pour nommer une pratique qu'il venait d'observer, et cet entraîneur le jugeait lui-même maladroit. La pratique, elle, avait déjà près de vingt ans.
À la fin des années 1950, Iouri Verkhoshansky, alors entraîneur de sauteurs en athlétisme, met au point le saut en contrebas, le depth jump : l'athlète se laisse tomber d'une plateforme et rebondit aussitôt. Il publie « Les sauts en contrebas sont-ils utiles ? » en 1967 dans la revue soviétique Legkaya Atletika, texte que Michael Yessis traduit en anglais l'année suivante. En 1968, dans la revue Teoriya i Praktika Fizicheskoi Kultury, il donne à sa découverte le nom de méthode de choc. Ces repères viennent de la présentation que sa fille, Natalia Verkhoshansky, a consacrée en 2012 à la méthode de choc et à la plyométrie.
Elle y rapporte la première expérience de son père. Des sauteurs font un saut vertical maximal depuis trois états du muscle : sans contre-mouvement, avec contre-mouvement, puis juste après une chute de 50 cm. Le saut le plus haut vient après la chute. L'énergie du corps qui tombe, freinée en un temps très court, devient elle-même le stimulus, et c'est ce freinage brutal que Verkhoshansky appelait un choc.
Le mot de Wilt a ensuite couvert beaucoup plus large. Aujourd'hui, on appelle plyométrie à peu près tout ce qui saute, et Natalia Verkhoshansky présente la méthode de choc comme une forme particulière de plyométrie, marquée par un impact plus brutal au freinage. Quand deux coachs parlent de plyométrie, l'un pense à de petits rebonds de chevilles, l'autre à des chutes depuis une caisse haute, et le stress n'a rien de comparable. Si l'œuvre de Verkhoshansky t'intéresse au-delà des sauts, j'ai résumé ses principes de la force spécifique.
Un découpage du mot circule en trois morceaux : plio pour l'excentrique, iso pour le verrouillage, myo pour la poussée. La lecture est élégante et colle aux trois temps d'un rebond, mais le mot plyométrie ne contient ni « iso » ni « myo ».
Il ne sort pas de nulle part, et c'est ce qui le rend crédible. En 1938, deux physiologistes américains, Hubbard et Stetson, ont nommé trois conditions de travail du muscle avec des préfixes grecs : « miométrique » quand il raccourcit, « isométrique » quand il garde sa longueur, « pliométrique » quand il s'allonge, donc l'excentrique. Le physiologiste John Faulkner retrace cette terminologie en 2003, et Natalia Verkhoshansky la reprend pour décrire les régimes de l'école soviétique. Le saut avec contre-mouvement y devient un régime pliométrique-miométrique, le saut sans élan un régime isométrique-miométrique, le saut après chute un régime de choc.
Regarde l'orthographe : miométrique s'écrit avec un I, sur un préfixe qui veut dire « plus court », et n'a rien à voir avec mys, le muscle, qui donne « myo ». Les pièces existaient donc pour nommer des régimes de contraction, et le découpage les recolle sur un mot qui ne les contient pas. Le rebond, lui, enchaîne bien un freinage, une transition et une poussée ; je l'ai décrit dans les trois temps du geste explosif. Le mot n'a jamais contenu ce découpage.
Quelle que soit l'orthographe, la plyométrie entraîne une fonction précise, le cycle étirement-raccourcissement. Caroline Nicol, Janne Avela et Paavo Komi en font en 2006 la fonction de base du muscle dans la locomotion : un muscle déjà activé est d'abord étiré, puis il se raccourcit. Le contact au sol d'une foulée, d'un saut ou d'un bond en est l'exemple type, et le haut du corps a les siens.
La revue de Goran Markovic et Pavle Mikulic (2010) fait le tour de ce que cet entraînement change. Sur six à quinze semaines, à deux ou trois séances par semaine, la plyométrie améliore la force, la puissance et la fonction d'étirement-raccourcissement des membres inférieurs chez des sujets en bonne santé, et elle peut modifier la raideur des structures élastiques du mollet. Les auteurs l'expliquent par plusieurs leviers, dont une commande nerveuse plus forte vers les muscles qui poussent et une meilleure coordination entre muscles.
Le mot ne dit rien de ce qui fait la qualité d'un rebond. De mon côté, je la cherche au sol, dans le freinage et le temps de contact, et je l'ai développé dans la phase qui compte le plus en plyométrie. Pour la mesurer, l'indice de force réactive fait partie des trois tests que je regarde en premier chez un sportif. Une autre idée reçue touche directement ta récupération.
L'idée circule que la plyométrie fatigue surtout le système nerveux, au point de demander plus de 72 heures pour s'en remettre. Je n'ai trouvé aucune étude qui isole une fatigue nerveuse de cette durée, et la recherche dessine un tableau plus mêlé.
Timothy Carroll, Janet Taylor et Simon Gandevia ont passé en revue en 2017 la récupération après l'effort. Après un effort bref et intense, la part centrale de la fatigue, celle qui tient au système nerveux, revient en général en deux minutes environ. La part musculaire liée au couplage excitation-contraction revient en trois à cinq minutes, et une petite perte de force peut traîner quelques heures. Ces durées viennent d'efforts de laboratoire, et les transposer à une séance de sauts reste une extrapolation.
La fatigue longue existe bel et bien, et elle ne se résume pas au système nerveux. Quand les sauts sont poussés jusqu'à l'épuisement, Nicol, Avela et Komi décrivent une courbe en deux temps. La performance chute pendant l'effort et remonte en partie en une à deux heures, puis une seconde baisse arrive, avec souvent son point bas le deuxième jour, quand les courbatures sont au maximum. Le retour complet peut prendre quatre à huit jours selon le paramètre mesuré. L'équipe de Sigitas Kamandulis (2019) a fait enchaîner cent sauts en contrebas à dix-sept jeunes femmes. La fatigue musculaire de basse fréquence s'est résorbée en deux à trois jours, pendant que la force maximale restait basse plus longtemps, à cause de dégâts musculaires différés. Quatre semaines plus tard, la même série laissait récupérer la force plus vite, mais seulement chez celles qui avaient traîné la première fois.
Le coût durable d'un gros volume de sauts passe donc par le muscle et ses attaches, et il baisse quand le corps a déjà connu la charge. Le système nerveux n'en sort pas intact pour autant : chez Nicol, Avela et Komi, les réflexes d'étirement suivent la même courbe en deux temps, et les mécanismes restent mal compris. Un bloc chargé en sauts te laisse bien des jambes lourdes pendant des jours ; parler d'une « fatigue nerveuse de 72 heures » simplifie un phénomène que la recherche n'a pas encore démêlé. Pour la part nerveuse de la force, j'ai rassemblé ce qu'on sait dans système nerveux et force max.
Je continue d'écrire plyométrie, en sachant que la norme française dit pliométrie. Mes raisons tiennent à l'usage, pas à la linguistique.
La première, c'est le pont avec la recherche. Les études que je lis, et celles que tu chercheras, sont rangées sous « plyometric » ; garder la même racine évite de couper le mot français de sa littérature. La seconde tient au vocabulaire qu'on vient de voir : de Hubbard et Stetson à Verkhoshansky, « pliométrique » nomme le seul régime excentrique. Écrire la méthode avec un Y me sert à distinguer l'entraînement du cycle complet de ce régime de freinage, et à éviter qu'on entende « plier » dans un mot qui n'en vient pas.
Si l'étymologie de Wilt est la bonne, le Y a même une raison grecque. Il la trouvait lui-même fragile, et je ne vais pas la défendre plus fort que lui. Pour l'école, un concours ou un dossier officiel, prends le I sans hésiter. Sur ce blog, le Y reste, comme une convention assumée. Ce qui m'intéresse se passe au moment où ton pied reprend le sol, et sur ce terrain le guide complet de la plyométrie prend le relais.
L'orthographe se discute ; le temps de contact, lui, se mesure.
Si tu veux qu'on regarde précisément ce qui bloque ta progression : des appuis qui s'écrasent à la réception, des sauts qui montent en salle sans sortir sur le terrain.
Je travaille avec quelques sportifs en suivi individuel.
👉 Le questionnaire de prise de contact est là
Les deux désignent le même entraînement. La norme française recommande « pliométrie » : l'Office québécois de la langue française la retient et déconseille « plyométrie », calquée sur l'anglais « plyometrics ». Pour un écrit officiel, prends le I ; pour chercher des études, tape « plyometric ».
Le mot nomme l'entraînement du cycle étirement-raccourcissement : un muscle activé est étiré puis se raccourcit aussitôt, comme au contact d'un saut ou d'une foulée. Son étymologie est discutée : on lit souvent le grec pleion, « plus », et metron, « mesure », alors que Fred Wilt évoquait le verbe plethyein, « augmenter ».
La pratique vient de Iouri Verkhoshansky, qui met au point le saut en contrebas à la fin des années 1950 et nomme sa méthode de choc en 1968. Le mot « plyometrics » est attribué à l'Américain Fred Wilt, qui l'a popularisé dans les années 1970.
La méthode de choc de Verkhoshansky repose sur un freinage brutal après une chute, le saut en contrebas en étant la forme type. La plyométrie, au sens courant, englobe tous les sauts et rebonds qui sollicitent le cycle étirement-raccourcissement. La méthode de choc en est une forme particulière, marquée par un impact plus brutal au freinage.
Rien ne permet de l'affirmer. Après un effort bref et intense en laboratoire, la fatigue centrale récupère en quelques minutes (Carroll et coll., 2017). La fatigue qui dure plusieurs jours après un gros volume de sauts est liée aux dégâts musculaires et à la fatigue de basse fréquence, avec des réflexes d'étirement qui fléchissent en même temps, par des mécanismes encore discutés (Nicol et coll., 2006 ; Kamandulis et coll., 2019).
Romain