
Salut l’athlète, le coach, le passionné de performance,
Il existe des livres qui ne cherchent pas à séduire. Pas de storytelling. Pas de promesse. Pas de méthode “clé en main”.
Supertraining fait partie de ceux-là.
C’est un ouvrage dense, parfois aride, souvent exigeant. Un livre que l’on ne “lit” pas vraiment, mais que l’on traverse lentement, en revenant sans cesse sur certaines pages.
Et plus on y revient, plus une chose devient évidente : beaucoup de ce que nous appelons aujourd’hui innovation en entraînement était déjà là, posé, décrit, parfois même disséqué, il y a plusieurs décennies.
Verkhoshansky et Siff n’ont pas cherché à inventer des recettes. Ils ont cherché à comprendre comment fonctionne réellement la performance humaine. Et ce qu’ils ont mis en lumière dépasse largement les modes, les outils ou les méthodes.
Une des idées qui traverse tout Supertraining, parfois sans être formulée explicitement, est la suivante : la performance ne dépend pas de la quantité de force produite, mais de la manière dont le système est organisé pour la produire.
Dit autrement, ce n’est pas “forcer plus” qui distingue les meilleurs. C’est forcer juste.
Lorsqu’on observe les athlètes de très haut niveau, ce qui frappe n’est pas seulement leur puissance ou leur vitesse. C’est leur calme apparent. Leur fluidité. Leur capacité à enchaîner des actions explosives sans donner l’impression de lutter contre leur propre corps.
Cette observation est souvent balayée d’un revers de main, comme si elle relevait du talent ou de la génétique. Pourtant, Supertraining montre que cette fluidité est avant tout le résultat d’une organisation neuromusculaire extrêmement fine.
Dans le livre, la notion de force est rarement traitée comme un état continu. La force n’est jamais quelque chose qui doit être maintenu. Elle apparaît, atteint un pic, puis disparaît. Elle est un événement inscrit dans le temps.
Et plus cet événement est bref, précis et bien placé, plus il est efficace.
C’est un point fondamental, souvent mal compris dans l’entraînement moderne. Beaucoup de sportifs, et parfois même certains coachs, associent encore performance et tension prolongée. Être performant, ce serait être “gainé”, “verrouillé”, “dur” en permanence.
Or, plus on avance dans Supertraining, plus cette idée se fissure.
Les mouvements explosifs, les sprints, les sauts, les changements de direction, reposent tous sur la capacité du système à monter très rapidement en tension… puis à redescendre tout aussi vite.
Une tension qui persiste trop longtemps devient un frein. Elle ralentit le mouvement. Elle perturbe la coordination. Elle augmente le coût énergétique.
Ce que Supertraining met en évidence, sans jamais tomber dans le simplisme, c’est que la performance est avant tout une question de timing. Le bon niveau de force, au bon moment, dans la bonne direction, et pour une durée strictement nécessaire.
Tout ce qui dépasse ce cadre devient du bruit.
Ce point devient particulièrement clair lorsqu’on le met en regard de ce que l’on observe aujourd’hui sur le terrain.
Beaucoup d’athlètes sont forts. Parfois très forts. Mais ils sont aussi souvent trop tendus. Leur système est en alerte permanente. Les muscles qui devraient se relâcher restent actifs. Les antagonistes freinent l’action. Le mouvement devient coûteux, moins précis, moins reproductible.
À l’inverse, les athlètes d’élite semblent capables d’atteindre des niveaux de tension très élevés sans se crisper. Leur système sait exactement quand s’activer… et quand s’éteindre.
Ce n’est pas un relâchement passif. C’est une capacité active à inhiber ce qui n’est plus utile.
Même si Verkhoshansky n’utilise pas le vocabulaire moderne de la boucle sensori-motrice, tout son raisonnement y conduit naturellement.
Un système capable de s’organiser aussi finement est nécessairement un système qui perçoit bien. Qui distingue clairement les phases du mouvement. Qui sait quand l’action commence, quand elle se termine, et quand une nouvelle phase doit s’enchaîner.
À l’inverse, lorsque la perception est floue, le système compense par la rigidité. Il garde trop de muscles actifs “au cas où”. Il sacrifie la vitesse et la précision au profit d’un sentiment de contrôle.
Supertraining décrit parfaitement ces stratégies défensives, même si le mot n’est jamais employé.
C’est sans doute là l’une des grandes leçons de ce livre.
La performance ne se joue pas uniquement sur le plan mécanique ou physiologique. Elle se joue dans la capacité du système à organiser ses ressources sans se surcharger. À réduire le bruit. À économiser ce qui peut l’être.
Lire Supertraining aujourd’hui, ce n’est pas chercher des réponses rapides. C’est accepter de remettre en question certaines évidences.
Ce livre ne donne pas de méthode miracle. Il donne une grille de lecture.
Et cette grille de lecture est toujours d’actualité.
À suivre.
Romain KATCHAVENDA